Les Cahiers Verts - La Veuve Blanche

Premier volume d’une série à la fois romanesque et contemporaine, La Veuve Blanche retrace un pan de la vie d’une jeune reporter-photographe, Jeanne, raconté au travers de ses Cahiers Verts qu’elle tient régulièrement.

Été 1954. Alors que Jeanne couvre l’Accord de Genève pour l’hebdomadaire L’Express, une rencontre avec un confrère américain va bouleverser sa vie. Passionnée sans jamais avoir connu de vraies passions, idéaliste mais expérimentant la limite des idéaux qu’elle défend, elle explore dans cette nouvelle relation, une facette de sa personne longtemps déniée. Cette mutation se confronte à l’actualité de l’époque, à ses doutes et à ses joies, dans ce récit court d’un fragment de vie riche et mouvementé.

 

Tous les volumes de la série des Cahiers Verts évoquent des faits d’actualité réels associés à des femmes d’exception qui, par leur héroïsme, leur art ou leur activisme, ont tracé l’Histoire, et ont fait évoluer l’image de la femme et des droits civiques partout dans le monde.

La série des Cahiers Verts fait l’objet d’un partenariat avec l’association Toutes à l’école. Pour chaque exemplaire de la série vendu, 1€ sera reversé à l’association !

C.K. SCHMITT

« C’est en piochant dans la vieille poche d’un manteau oublié que l’idée de me livrer m’est venue. J’y ai trouvé une clé qui a ouvert, un jour, le pan d’une nouvelle vie. Cela fait bien longtemps, mais les souvenirs se montrent comme le jour apparaît : lentement mais sûrement. Par conséquent, je n’écrirai que ce dont je me rappelle ou crois me rappeler, même si parfois votre lecture vous conduira inévitablement à la question suivante : l’histoire qui suit est-elle vraie ? Je vous répondrais alors ainsi : j’imagine qu’elle l’est un peu, juste assez pour que mes mots s’y soient insérés sans mal. Mais à l’heure où je vous écris, repue de ma colère et presque nonagénaire, je ne sais plus sa part de vérités et de mensonges, de rêves et de cauchemars. Peut-être ai-je imaginé ma propre légende pour tenir au chaud mon maigre corps les nuits trop froides ?

L’amant dont je parle a-t-il un jour existé ? Oui, je peux vous l’assurer. Il a été une promesse égarée, une dette dont la vie ne peut s’acquitter. Mon cahier vert, tenu aujourd’hui encore, demeure l’inamovible trait d’union entre nous deux. Bien sûr, ce n’est plus le même. Mais comme tous les autres, il y conserve, à l’abri entre ses pages, le témoignage noirci de nos promesses. J’y tiens mes comptes aussi scrupuleusement qu’un trésorier, car c’est bien de cela dont il s’agit : protéger un trésor et rendre compte.

C’est ma mère qui m’offrit mes premiers cahiers lorsque j’eus dix ans. Ils allaient par dix, étaient d’un vert bouteille et d’un format écolier. Elle me disait qu’il fallait que j’écrive mes journées pour ne pas les perdre. Elle avait insisté et m’avait fait promettre, seulement l’essentiel, ce qu’il fallait que je retienne. Elle avait accompagné ce lot d’un beau coffret composé d’un encrier rond en cristal muni d’un réceptacle en argent massif. L’encre y était bleu-nuit, ma couleur préférée. Le portemine en verre de Murano finissait par une semelle transparente garnie de feuilles d’argent mélangées à un liquide translucide. Lorsque je le regardai au travers du jour de la fenêtre de ma chambre, elles étincelaient en myriade d’étoiles. J’avais trouvé ma voie lactée. Depuis lors, mon « monde à moi » s’est contenu tout entier dans ce porte-mine, où il est encore…»